Qui est vraiment Uribe ?
Alvaro Uribe Vélez est né le 4 juillet 1952 à Medellin (Colombie). Son père,
Alberto Uribe Sierra, à l'origine simple fermier, aurait fait fortune en
travaillant pour un clan du cartel de la drogue de Medellin, avant d'être
assassiné en 1983 par la guérilla marxiste des Forces Armées Révolutunionnaires
de Colombie (FARC).
Alvaro Uribe suit des études de Droit à l'Université d'Antioquia puis de
Sciences politiques et économiques à Harvard (Etats-Unis). Il exerce ensuite la
profession d'avocat, épouse Lina Moreno avec laquelle il aura deux fils, et
dirige de 1980 à 1982 l'Agence Aéronautique Civile colombienne. Selon une
biographie non autorisée (El señor de las sombras de Joseph Contreras,
2002) il aurait à l'instar de son père rendu de bons et loyaux services au
Cartel de Medellin pendant cette période, notamment en octroyant des licences
de vol à des pilotes qui transportaient de la drogue hors du territoire
colombien, comme le confirme par ailleurs un document officiel de la Defense
Intelligence Agency américaine daté de 1991.
Membre du Parti Libéral, Alvaro Uribe est successivement élu Maire de Medellin
-- à l'époque où l'un de ses amis, le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar
Gaviria, régnait sur cette capitale mondiale de la cocaïne -- puis Sénateur de
1988 à 1994 et enfin Gouverneur de la région d'Antioquia. Au début des années
2000, il quitte le Parti Libéral pour se présenter en candidat indépendant à
l'élection présidentielle de mai 2002. Sa campagne électorale est axée sur la
restauration de l'autorité de l'Etat et la promesse de régler le problème de la
guerre civile qui, avec 200.000 morts et deux millions de déplacés, ravage la
Colombie depuis 1948. L'écologiste franco-colombienne Ingrid Betancourt est
également candidate à cette élection mais elle est enlevée avec sa directrice
de campagne Clara Rojas par les FARC en février 2002.
Élu au 1er tour de scrutin avec 53% des suffrages, mais avec seulement 45% de
votants, Alvaro Uribe est officiellement investi président de la République de
Colombie en août 2002. Il s'associe immédiatement avec les États-Unis dans leur
"guerre contre le terrorisme", relance le "Plan Colombie"
de lutte contre le "narcoterrorisme" (4 milliards de dollars et de
puissants moyens militaires et policiers investis par les Etats-Unis pour
éradiquer la culture de coca et le trafic de cocaïne), réforme l'administration,
"libéralise" l'économie, et engage une lutte sans merci contre les
FARC qui multiplient les attentats et réclament la démilitarisation d'une vaste
zone dans le sud du pays. Il double le budget de la sécurité et favorise
indirectement le développement de véritables escadrons paramalitaires, dont
notamment les milices des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC, fondées avec son
aide dans sa région d'Antioquia en 1997), qui mènent en toute illégalité de
terribles exactions -- kidnapping, assassinat, torture, extorsion de fonds, etc...
-- parmi les populations indigènes des régions contrôlées par les rebelles.
Côté positif, cette politique tout sécuritaire parvient à faire libérer quelque
500 otages et fait diminuer significativement le nombre d'enlèvements et
d'homicides dans le pays. Côté négatif, elle terrorise et bafoue les droits
élémentaires d'une partie des colombiens, notamment des paysans et des autres
citoyens des classes les plus pauvres pris entre les feux croisés du
gouvernement et des diverses milices d'extrême-gauche et d'extrême-droite.
L'échec d'Alvaro Uribe est particulièrement patent auprès des FARC, avec qui il
n'a pu nouer aucun dialogue en raison de son autoritarisme et des conditions
drastiques posées avant toute négociation. Quant à la culture illégale de coca
en Colombie, elle a augmenté de 26% en 2006 selon le bureau américain de
contrôle de la drogue (ONDCP).
En mai 2006, Alvaro Uribe, soutenu par la classe politique néolibérale et
néoconservatrice pro-américaine -- grands propriétaires fonciers, banquiers, politiciens
et militaires d'extrême-droite -- est réélu président de la Colombie avec 62%
des voix (56% d'abstention). Les scandales de sa politique paramilitaire,
notoirement financée par les Etats-Unis et le trafic de drogue, l'éclaboussent
cependant sérieusement depuis le début de l'année 2007. Sa ministre des
Affaires étrangères, Maria Consuelo Araujo, a été contrainte de démissioner
après la révélation de ses liens avec les narcotrafiquants et plusieurs de ses
fidèles, dont le directeur de la police politique et même ses propres frères et
cousins, sont accusés par la presse et l'opposition d'être en cheville avec des
groupes paramilitaires d'extrême-droite coupables de centaines d'assassinats.
L'Armée et les Services de renseignements secrets d'Alvaro Uribe sont eux aussi
mis en cause pour leur collaboration présumée avec les désormais tristement
célèbres "escadrons de la mort" colombiens.
URL : http://www.republique-des-lettres.fr/10229-alvaro-uribe.php